DIVORCE – SEPARATION

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Extrait du livre de Jeanine SOLOTAREFF : « La vie à deux » – Payot

« Se séparer peut-être une nécessité mais ce qu’on ne sait pas

assez, c’est que la culpabilité de se résigner trop facilement à la

séparation risque d’empoissonner toute nouvelle union.« 

Divorce imaginatif, piège

Rester ensemble par petit calcul, en l’occurrence, par angoisse de ce que les autres (famille, amis) vont penser, par angoisse de rester seul(e), par angoisse de ne pas retrouver de partenaire, suscite d’incessantes ruminations.

La soumission à la situation par intérêt pécuniaire (encore que ce point ait son importance) peut être ressentie comme une soumission involontaire au partenaire, ce qui aiguisera la rancœur et rendra l’ambiance de plus en plus  lourde. Le lien entre les deux partenaires se resserre de façon morbide.

Rester ensemble par moralisme n’est guère plus valable. La révolte, conséquence de toute forme de soumission, est sous-tendue par le désir obsessif du divorce. Le divorce devient un divorce imaginatif, chacun se sépare de l’autre imaginativement avec force justifications, lesquelles finissent par envahir la vie intime.

Le refoulement complet du divorce imaginatif, par moralisme religieux ou conventionnel, conduit à une rigidité comportementale qui est imposée au partenaire et aux enfants, renforçant la vanité de cette pseudo-fidélité et nourrissant des exigences accrues envers le partenaire. En quelque sorte, chacun prend sa revanche pour cette caricature de fidélité qu’il s’impose à contrecœur.

Toute tentative de retrouver le contact risque de se heurter à la mauvaise volonté de l’autre, et cela pour chacun des partenaires qui à tour de rôle tente une réconciliation ; mais chaque fois l’effort est tué dans l’œuf car les rancœurs remontent et la sentimentalité ne parvient pas à éliminer l’immense accumulation des ressentiments. Chacun croit que c’est par besoin de triomphe que l’autre lui tend la main et voit comme une humiliation de répondre positivement à la demande.

La complexité des faux motifs et leur intrication sont telles qu’il est difficile de démêler l’écheveau des vexations et des triomphes. La seule solution est que chacun admette sa pleine responsabilité dans l’état de fait.

Le divorce, parfois nécessaire

La tentation du divorce est actuellement plus prégnante qu’elle ne l’était.

Savoir que le divorce est possible sans grande difficulté extérieure incite, dès que l’entente commence à fléchir, à envisager la séparation définitive. Au lieu de faire le nécessaire pour retrouver le lien, chacun se laisse entraîner par ses imaginations.

Même si la séparation est justifiée, et elle ne l’est pas aussi souvent que chacun s’en persuade, la blessure de la rupture existe. Une partie de soi-même est restée en arrière. Les souvenirs s’effacent difficilement, blessures d’amour bafoué, souvenirs de ses propres insuffisances, qui rappellent qu’il n’est plus possible de se racheter auprès de l’autre. Les dégâts sont souvent importants.

L’être humain a acquis le temps à trois dimensions, le passé, le présent et le futur. La mémoire relie le passé au futur. Nous ne pouvons pas, sans blessure profonde, abandonner un partenaire qui a été pour nous un espoir.

L’intérêt essentiel de l’être humain demande que le passé reste lié au présent. A moins de reconnaître sa faiblesse dans le mauvais choix qui fut fait, à moins de reconnaître ses mauvaises réactions dans la vie conjugale passée – deux éléments dont nous sommes responsables -, la séparation risque d’apporter une atteinte profonde.

Car ce qui lie en nous le passé au présent est la motivation. Cherchant à justifier la rupture, chacun se forge de fausses raisons (la projection de sa faute en accusation de l’autre conduisant à l’exagération de son insuffisance) ; les vraies raisons de la faiblesse humaine (la vexation, l’irresponsabilité, le plaisir de se plaindre) sont occultées, refoulées ; le lien entre passé et présent est alors coupé, l’unité de la pensée est perdue, la corrélation entre les intentions et le comportement est effacée, les vraies et  les fausses données ne se distinguent plus.

Mais si l’incompréhension persiste, mieux vaut encore le divorce dans la mesure où il s’établit dans un climat d’entente quant aux conditions à établir, concernant les données matérielles, les décisions se rapportant aux enfants.

L’aveu de ses propres insuffisances permet de restituer le lien entre passé et présent et ainsi d’assumer une nouvelle union.

Les causes du divorce

Les causes du divorce sont multiples. Les faux motifs du choix sont nombreux : choix sous l’emprise du seul attrait physique, choix sous l’emprise de l’avidité matérielle et sociale, choix plus ou moins suggéré par les parents ou les amis, réponse sentimentale  à l’insistance d’un partenaire possible (l’un des deux se « laisse faire »)… Le choix alors était mauvais dès le départ, ou du moins insuffisamment étayé.

Ou bien le choix était valable mis le partenaire n’est pas resté fidèle à lui-même. L’un des deux a trahi la promesse qu’il semblait pourvoir tenir, ce qui n’était pas prévisible ; la tentation d’adultère était considérée comme irrésistible face à un nouveau partenaire possible.

Il se peut encore que l’évolution de l’un ait pris une autre direction, soit nouvelle conception politique, soit nouvelle conception religieuse, soit basculement dans la banalisation ou dans la névrose ou même la psychose.

Il se peut aussi que l’un des deux atteigne une maturité que l’autre ne connaîtra jamais car il n’est pas réellement intéressé par un approfondissement essentiel. Soit le partenaire se sent menacé dans son besoin d’approfondissement et choisit la séparation, soit il accepte la situation en sachant que l’approfondissement de ce que nous demande la vie s’assume en soi et par soi, quoique le partage de ce problème fondamental soit une aide dans la dure lutte contre l’erreur humaine : la fausse motivation. Il appartient à chacun d’estimer la difficulté dans laquelle il se trouve.

Autre aspect du problème, une accumulation de difficultés extérieures a pu avoir raison des forces disponibles de chacun et conduire à un sabotage par l’un ou par l’autre au cours de la vie en commun. Comment le prévoir ? Les accidents de la vie sont souvent imprévisibles. Certains événements peuvent nous dépasser.

Mais les frictions de caractère incessantes sont sans doute le plus souvent la véritable cause des divorces. Le jeu des vanités vexées et triomphantes, la non-prise en considération de ce que l’autre demande, le regard qui passe sur le partenaire sans le voir, le harcèlement exaspéré de l’autre pour le faire changer, obtenir de lui l’ordre alors qu’il est désordre, l’exactitude alors qu’il est toujours en retard, ne pas supporter ses exagérations, ou son humour, sa dépendance excessive à sa famille, toutes choses qu’il ne serait pas si difficile d’apprendre à accepter.

Même la gentillesse peut être considérée comme une soumission. Le besoin de dévaloriser la gentillesse du partenaire vient de la vexation coupable de ne pas savoir ou oser pratiquer la même bienveillance, la prétention de dépasser en qualité le partenaire étant inhibante, comme toute prétention ; le problème se révèle n’être qu’une rivalité.

Une compétition entre les deux partenaires s’installe souvent en ce qui concerne les compétences ; ce danger est surtout fréquent lorsque l’époux ou l’ami est en dessous du niveau intellectuel ou social de la femme. La compétition peut concerner le salaire, les honoraires ou les réussites professionnelles. Cela conduit chacun à vivre l’autre comme l’ennemi dont il faut triompher au lieu de se réjouir de sa réussite.

Tant de vies conjugales sont gâchées par ces accrochages incessants où chacun rivalise avec le partenaire, essaye de le dominer, projette sur lui son propre mécontentement et suscite des disputes pour pouvoir extérioriser son malaise et avoir ainsi un prétexte à accuser l’autre.

Tant de difficultés sans importance réelle envahissent la vie à deux. Les détails sont utilisés pour asservir l’autre ou le culpabiliser dans cette situation, les deux partenaires sont responsables car se laisser asservir est une faiblesse et se culpabiliser pour des détails est un manque de confiance en soi.

La vie est pourtant faite de ces détails, parfois majeurs, parfois mineurs, que présente l’existence quotidienne mais c’est justement la capacité de les vivre le plus légèrement possible et ainsi de ne pas se laisser atteindre par eux qui permet de se libérer des ressentiments. Il est bon de se préoccuper des détails, mais il n’est pas bon de se focaliser sur eux.

Ils sont pourtant souvent le prétexte à une guerre sourde et continue, de laquelle chacun sort épuisé et même souvent désespéré et pourtant prêt à recommencer le lendemain. Aucun des deux partenaires n’a vu sa responsabilité et chacun en a coiffé l’autre. Plus le temps avance et plus les rancœurs se durcissent jusqu’à ce que chacun se sente à des lieues de l’autre.

La présence des enfants qui accaparent, soit par leurs problèmes de santé soit par leurs problèmes scolaires, la mère ou le père, sont un empêchement à une réunion quotidienne entre les conjoints ; or le lien se cultive et demande du temps sans pour autant négliger les enfants.

Celui ou celle qui se sent délaissé(e) se lasse de toujours devoir passer après les enfants, devient jaloux de ses propres enfants, les prend en grippe ou se résigne.

L’incapacité à pardonner au partenaire une erreur de parcours, par vexation et humiliation, alors que cependant l’amour n’est pas mort, entretient les rancœurs et chacun se drape dans sa pseudo-dignité vaniteuse, bien peu propice à une réelle réconciliation.

La lassitude d’une vie à deux vécue dans la routine et l’indifférence, et l’espoir de se réveiller dans un rapport renouvelé avec un nouveau partenaire suscitent des imaginations d’évasion vers le divorce. C’est alors que la rencontre, dans le milieu professionnel ou autre, d’un(e) partenaire apparemment plus aimable, quelqu’un qui lui aussi prétend avoir à se plaindre de son conjoint, ou qui est libre, ouvre la porte à tous les espoirs ; chacun s’imagine alors être compris et trouve une oreille complaisante où déverser ses doléances ; il semble que l’âme sœur soit enfin à protée d’oreille…. Et de main !

Prendre de la distance avant de prendre une décision, ne pas dramatiser les disputes passées, se rendre compte combien nous sommes enfantins et même infantiles dans nos différends ; en discerner la cause –la vanité commune- serait l’ouverture possible à une véritable compréhension de la situation ; est-elle sans espoir ? Les difficultés sont-elles surmontables ?

Envisager le divorce sans angoisse et sans haine, avec toutes les conséquences possibles, sans se boucher les yeux, serait une deuxième étape. Les rancœurs ne sont pas bonnes conseillères, elles déforment la réalité.

Le fin fond du problème revient toujours à comprendre que la fausse motivation bloque nos capacités d’acceptation et ne nous permet pas de changer le changeable de façon sensée, deux possibilités qui apporteraient indéfectiblement la solution à nombre de difficultés.

Le divorce peut être une sauvegarde

Cependant certains divorces sont nécessaires. Face à un (ou une) alcoolique, souvent épousé(e) par espoir sentimental de le (ou la) sauver, face à un escroc, qui s’est chargé de faire croire à son honnêteté, face à un impuissant ou à une femme qui se refuse obstinément, face à un(e) caractériel(le), face à un partenaire dont l’optique est devenue radicalement différente et crée des conflits menaçant réellement l’élan de dépassement, face à des perversions soit matérielles (vol), soit sexuelles (viol), soit spirituelles (appartenance à une secte), le divorce se justifie.

Quelles que soient les données extérieures, la nécessité du divorce s’impose lorsque persister dans un mariage est une menace sérieuse pour son propre équilibre et pour son élan. Le ou la partenaire demanderait, pour être reçu(e) tel(le) qu’il ou elle est, une si grand force psychique qu’il vaut mieux renoncer.

C’est une lucidité que de se reconnaître dans l’incapacité d’accepter un être capable d’user nos forces, capable de nous faire perdre l’amour de l’existence.

La vie ne nous demande pas de nous sacrifier à un être capable de nous détruire. La vie ne nous demande pas de lui sacrifier notre intégrité. Les enfants eux-mêmes n’y trouveraient pas leur compte.

La vie nous demande de respecter notre propre être, de ne pas nous imposer des conditions qui pourraient nous tuer, si ce n’est physiquement, du moins psychiquement.

Il nous faut oser nous secourir, quelles qu’en soient les conséquences, et quel que soit notre lien avec l’être qui risque de nous faire perdre l’amour de la vie, partenaire, parent ou enfant adulte.

Le grand danger est pourtant de se faire croire que les conditions sont requises pour l’abandon définitif de l’autre. A chacun d’être suffisamment conscient du jeu de ses faux motifs et d’agir en conséquence.

Au bout d’une vingtaine d’années, lorsque les enfants commencent à avoir leur vie propre, il arrive que l’un des deux partenaires réalise que, durant toutes ces années, préoccupé par les problèmes matériels (situation à établir, enfants à aider pour leurs études, installation, etc.), le couple avait totalement perdu de vue la dimension de l’existence, centré qu’il était sur la vie accidentelle. Les enfants partis, un sentiment de vide s’installe. Un regret d’avoir oublié que la vie avait un sens et négligé le développement de l’élan. La situation serait surmontable si le conjoint éprouvait le même sentiment, mais s’il se sent bien dans sa routine, un fossé se creuse entre les deux partenaires. Deux solutions sont possibles : se quitter ou entreprendre pour soi-même le travail de « restauration », sachant que ce travail se fait dans le secret de l’être. Pourtant, c’est une des valeurs de la vie à deux que de se soutenir dans cette recherche de l’essentiel.

Nouvelle ouverture, l’espoir revient

Si le divorce (ou la séparation) est inévitable, la seule possibilité de ne pas tomber dans une culpabilité lancinante qui risque de gâcher toute nouvelle union, est d’avoir fait le maximum pour dissoudre ses ressentiments et ses déceptions, d’avoir reconnu ses propres provocations, de les avoir diminuées autant que faire se peut. En un mot, d’avoir réellement assumé la promesse d’être fidèle à soi-même, qui implique d’assumer de façon active le travail intérieur de dissolution des fausses justifications, ce qui peut être facilité par l’usage de la méthode introspective.

Si, durant un temps, ce travail est fait, mais n’a pas conduit à une entente renouvelée parce que le partenaire n’est pas entré dans le jeu, la culpabilité de ne pas avoir pu assumer son choix est surmontée ; la vie s’ouvre sur une nouvelle union, enrichie par l’expérience et le travail intérieur accompli à l’égard de soi et de l’autre, lors d’un premier mariage ou d’une liaison antérieure.

La nouvelle situation peut apporter une paix réelle, mais il se peut aussi que la culpabilité continue de hanter l’esprit et la nouvelle union, si elle a lieu, reste menacée.

Une  nouvelle attitude plus pondérée, capable de tenir compte des faiblesses réciproques et d’inclure l’indulgence envers ses propres faiblesses et celles de l’autre, peut seule permettre de se libérer de la culpabilité de son échec passé. Encore faut-il être capable de reconnaître ses fautes et de partir de là pour pouvoir évoluer.

La vie intérieure de chaque être humain a la capacité d’effacer l’erreur dans la mesure où elle est reconnue; elle engendre ainsi la possibilité d’un nouveau départ. Ce qui n’a pu se faire avec tel partenaire pourra se faire avec un autre.

La compréhension des faux motifs passés restitue le lien avec le présent, et puisque toute élucidation permet de rénover l’amour, toute erreur peut se transformer en richesse et tout amour perdu donner naissance à un nouvel amour mieux pensé.

Ce processus se retrouve dans chacune de nos délibérations, l’aveu de l’erreur restitue le dynamisme positif du psychisme et, partant, son unité et sa force.

Le  nouveau partenaire

Ce qu’il ne faut pas oublier, c’est que le nouveau partenaire sera de toute façon un faux motivateur, il aura certains défauts, certaines faiblesses ; l’acceptation des données humaines sera au rendez-vous, pour l’un comme pour l’autre. L’expérience de la vie aidant, le nouveau choix sera souvent meilleur, les critères seront moins extérieurs et plus essentiels.

Il est vrai que les êtres jeunes, séduits par l’amour, peuvent mal choisir. Après une expérience de vie, ils peuvent à leur maturité psychique être capables d’un choix plus authentique, mettant de côté la séduction de la beauté ou de la réussite sociale.

Ils deviennent capables avec l’âge de discerner les éléments fondamentaux qui permettent une entente fondée sur des bases essentielles, avant tout une référence commune aux valeurs éthiques, les valeurs qui perdurent à travers les siècles.

Mais ne nous y trompons pas, ce n’est pas toujours le cas, le contraire peut se produire ; après avoir eu des difficultés matérielles avec un premier partenaire, la séparation peut être motivée par le désir de trouver de plus grandes facilités extérieures, motif insuffisant pour établir un couple.

L’un ou l’autre peut tomber plus mal lors d’un deuxième choix. Tous les cas de figures existent.

C’est l’amour qui permet d’accepter l’autre dans ses défauts et ses faiblesses parce qu’ils sont constitutifs de la vie et de la vie de l’aimé(e).

Jeanine SOLOTAREFF: « la Vie à Deux » – Payot

Au Salon du Bono 21 et 22 mars

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Le cabinet Visio-nerf aura un stand au salon du Bono les 21 et 22 mars 2020

Il sera possible de faire un test sur l’appareil d’optique qui sera présent afin d’avoir une première idée de l’état d’équilibre de votre système nerveux central.

CONFERENCE: le dimanche 22 mars à 11h30 avec pour thème

Santé mentale et équilibre nerveux

Comment sortir nos enfants du TDAH, nos adolescents de la dépression, des dyslexies ? Comment en finir avec les insomnies, les angoisses, les fatigues chroniques, tous ces troubles fonctionnels handicapants ?

Une des voies à découvrir c’est la neuropédagogie visuelle.